Damien Tourdias : “Les très grands peuvent jouer au rugby mais ils ont probablement un risque supérieur de blessure parce qu’il y a des contraintes biomécaniques plus importantes”

     

    Interrogé par Rugbyrama au sujet de l’évolution physique des sportifs de haut niveau, et plus particulièrement en référence aux déclarations de Victor Wembanyama il y a quelques mois, le médecin de l’Union Bordeaux-Bègles, Damien Tourdias, s’est exprimé sur la place que pourraient occuper de très grands gabarits dans le rugby moderne. Alors que la taille moyenne des joueurs ne cesse d’augmenter au fil des années, le spécialiste a expliqué que la question ne se limitait pas à la simple stature des athlètes. Selon lui, certains profils particulièrement grands peuvent parfaitement réussir au plus haut niveau, mais doivent composer avec des contraintes physiques et biomécaniques spécifiques qui nécessitent un suivi adapté. Damien Tourdias a ainsi détaillé les principaux enjeux liés à la morphologie des joueurs les plus longilignes :

    “Il y a une évolution des tailles. Les joueurs sont quasiment tous au-dessus de 1,80 m ou 1,85 m […] Les très grands peuvent jouer au rugby mais ils ont probablement un risque supérieur de blessure parce qu’il y a des contraintes biomécaniques plus importantes. Ce n’est pas le fait qu’ils soient grands mais le fait qu’ils soient longilignes qui représente une problématique. Le facteur important, c’est la biomécanique du bras de levier (distance, en général, courte, entre une articulation et l’insertion musculaire). Plus la personne est longiligne, plus le bras de levier est important et plus les contraintes sur les articulations ou le rachis sont importantes”.

    Dans la continuité de son analyse, le médecin bordelais a ensuite expliqué de manière plus concrète pourquoi cette morphologie peut parfois devenir un facteur de risque dans un sport aussi exigeant que le rugby. S’appuyant sur une image qu’il utilise régulièrement auprès des joueurs, il a détaillé les moyens mis en œuvre pour limiter ces contraintes grâce à un travail physique ciblé. Damien Tourdias a notamment évoqué les programmes de renforcement spécifiques développés à l’Union Bordeaux-Bègles pour certains joueurs aux profils longilignes, prenant l’exemple de Louis Bielle-Biarrey afin d’illustrer l’importance de cette préparation dans la prévention des blessures :

    “C’est l’histoire de la branche d’arbre, que je raconte souvent aux joueurs : plus la branche est longue, plus vous allez pouvoir la casser. Il sera beaucoup plus dur de la casser si c’est un chêne que si c’est un roseau […] Il y a la possibilité de renforcer la circonférence pour diminuer le bras de levier, avec un renforcement spécifique. À l’UBB, nous avons des profils longilignes, à qui nous avons fait faire de la musculation spécifique au niveau cervical. On a vu une diminution de l’incidence des commotions. Louis Bielle-Biarrey, par exemple, est encore un peu longiligne mais on l’a très étoffé pour ne pas qu’il se blesse […] La sélection naturelle se fait souvent plus tôt. Pour Wemby, il y a des risques accrus de blessures au niveau cervical”.