Jefferson Poirot : “J’ai souffert lors de mes cinq premières saisons en équipe de France de ces joueurs qui avaient cette perte de motivation mais venaient quand même pour les mauvaises raisons”

Interrogé par L’Équipe, notre pilier gauche Jefferson Poirot est revenu sur la période charnière qu’il a traversée en 2020, lorsqu’il avait choisi de mettre un terme à sa carrière internationale. Un choix mûrement réfléchi, motivé par un profond besoin de prendre du recul, de retrouver un équilibre personnel et de préparer son avenir en dehors des terrains :
“Complètement. Je voulais prendre du recul. J’avais du mal à me dire que je n’étais “que” joueur de rugby. Quand il y avait une conversation avec des gens hors rugby, je n’avais rien à dire en fait. Et ça me perturbait socialement, vraiment. Je me disais : Putain, j’ai 28 ans, j’ai deux enfants, j’ai grandi dans un endroit où on n’a pas eu beaucoup, c’était difficile, et je ne voulais pas qu’ils vivent ça. J’avais ce besoin de construire l’après et je savais que ça n’allait pas être compatible avec le double projet club-équipe de France. Aujourd’hui, j’ai coché tout ce que je voulais cocher, ça m’aide au quotidien à être libéré dans mon rugby et à revenir en équipe de France totalement serein et motivé”.

Le joueur de l’UBB est également revenu sur son état d’esprit lors de son dernier Tournoi des Six Nations, en 2020. Il explique avoir ressenti une véritable lassitude et une perte de motivation, au point de considérer qu’un arrêt était devenu nécessaire afin de ne pas trahir les exigences qu’il s’était toujours imposées sous le maillot bleu :
“Lors de ce Tournoi, je suis en plein questionnement, il y avait l’usure, une perte de motivation. J’ai souffert lors de mes cinq premières saisons en équipe de France de ces joueurs qui avaient cette perte de motivation mais venaient quand même pour les mauvaises raisons. C’était inenvisageable de devenir cette personne. Je me disais aussi que j’étais arrivé au bout de mon processus de progression. J’avais besoin de faire autre chose, tout simplement. Et ça a marché, ça va très bien avec l’UBB depuis trois ans et je pense que je suis un autre joueur”.