Poirot : « Un passage compliqué à vivre »
Au club depuis 2011, Jefferson Poirot, du haut de ses 22 ans, fait partie des meubles. Arrivé de Brive, il gravit les échelons d’année en année, grappillant chaque saison du temps de jeu pour finalement s’installer comme un incontournable à son poste. Titulaire indiscutable et murmuré aux portes de l’équipe de France en début de saison, il contribua pleinement au très bon début d’année 2014-2015. Puis, devant la concurrence féroce à son poste et quelques imprécisions au niveau de la mêlée, le turnover fut effectué, laissant Jeff’ spectateur et impuissant notamment devant le dernier combat d’avants face à Bayonne.
Du prochain match face à Brive, en passant par les particularités de son poste, le dernier match face face à Bayonne et le recrutement de l’UBB, tout y est. Interview.
Le prochain match à domicile est contre Brive, le 28 décembre. Tu as été formé dans ce club, y gardes-tu encore des amis ?
Oui, j’y garde quelques amis, notamment le numéro 10 Thomas Laranjeira avec qui j’ai fait le pôle France et remporté le championnat de France Crabos (U19). Ce club est plein de valeurs. J’ai beaucoup de bons souvenirs à Brive, l’équipe est composée de bons joueurs et ils savent mettre leurs adversaires en danger constamment. Mais avant tout, c’est une équipe rugueuse qui gagne le combat du jeu d’avants et qui ensuite met son jeu en place.
Vous allez bénéficier de quelques jours de repos en
début de semaine, pour les fêtes de Noël et ce malgré ce match en
fin de semaine. Avez-vous cela dit une préparation individuelle, et
qu’est-ce que cela change pour vous ?
On bénéficie de ces quelques jours de repos mais il est important
de rester concentré sur l’objectif du week-end. Chacun le gère
comme il le veut, mais il faut être prêt vendredi à notre retour et
surtout dimanche. C’est effectivement un peu difficile à gérer mais
c’est des décisions qui n’appartiennent ni aux clubs, ni aux
joueurs, ni aux staff. Mais comme sur le terrain, on s’adapte.
Titulaire presque indiscutable lors du début de saison,
suite entre autre à quelques fautes en mêlée, tu as été poussé sur
le banc. Comment as-tu pris cette décision ?
Il est vrai que depuis la dixième journée du Top 14 et ce match au
Stade Français où l’on est passé à coté notamment sur le
secteur de la mêlée, de la première à la 80ème
minute, je n’ai plus trop joué. Après discussion avec le
staff, je ne pense pas particulièrement que ce soit à cause de
problèmes en mêlée fermée car le début de saison est plutôt correct
sur ce plan, et les bouts de matches que j’ai eus la chance de
jouer après le match du Stade Français le sont tout autant. Je sais
sur quoi le staff veut que je me concentre et j’essaie de leur
donner des réponses. C’est un passage compliqué à vivre, d’autant
plus que depuis cette dixième journée, on ne gagne plus et je
ne joue pas. J’ai un sentiment d’impuissance. Je ne peux
qu’encourager les copains qui se donnent à 200% sur le terrain.
Lors du match de Challenge Cup contre Lyon à Moga, tu as
réalisé une percée digne d’un ¾. Cela ne t’arrive pas si souvent.
Peux-tu nous en parler ?
Déjà, c’était un bon moment à vivre car la victoire est au bout.
C’est un match de Challenge européen où il est important de tenter
des choses, j’ai tenté, j’ai eu de la chance ça s’est ouvert et
tant mieux. Malheureusement, ce n’est pas forcément ce que l’on
demande à un pilier et sur un plan plus personnel, ça ne m’a pas
apporté grand chose…
Depuis une saison et demie, tu as la chance de côtoyer
un international français, en la personne de Jean-Baptiste Poux. Un
joueur avec une telle expérience au poste de pilier gauche, cela
doit t’apporter à l’entraînement et t’aider pour progresser.
Qu’est-ce qu’il vous apporte à Sébastien et toi lors des
entraînements ?
Pour Sébastien, je ne sais pas, mais sur un plan personnel avoir la
chance d’évoluer au côté d’une telle référence au poste de pilier
gauche comme droit, c’est très enrichissant. Et il est toujours
très ouvert à la discussion, c’est un joueur qui cherche à faire
profiter les autres de son expérience.
On arrive dans la période hivernale où le jeu de mouvement de l’UBB peut un peu moins s’exprimer. Le jeu d’avant prend un peu plus d’importance. Faites-vous un travail différent lors de cette période ? Plus spécifique ?
Oui. On essayera toujours de développer du jeu car nous sommes tous convaincus que c’est comme cela que l’on atteindra nos objectifs. Maintenant, il est vrai que c’est un peu plus difficile l’hiver et qu’il faudra se concentrer sur les bases du rugby qui sont entre autres la conquête et les rucks. C’est pour cela que l’on travaille dur sur cet axe.
Il y a deux saisons, en particulier lors d’un fameux
match à domicile face à Toulouse (celui avec les 8 mêlées à
rejouer en fin de match et l’essai de pénalité accordé par
l’arbitre, ndlr), tu as dû dépanner pendant quelques semaines
à droite de la mêlée. Quels souvenirs tu en gardes et qu’est-ce que
ça t’a apporté en retournant à ton poste de pilier gauche
?
Oui, ce passage à droite fut difficile mais avec un peu de
recul, je me suis aperçu que c’était une bonne expérience car à mon
retour à gauche, j’avais conscience de ce que l’on pouvait faire
pour mettre un droitier en difficulté.
Justement, Sébastien Taofifenua a déclaré en début de
saison qu’il aimerait bien essayer de se spécialiser aussi à droite
pour être plus polyvalent. Tu es encore relativement jeune,
envisages-tu toi aussi de tenter l’expérience à droite ou bien tu
préfères jouer à gauche ?
Dans un premier temps, je pense qu’il est important de se
perfectionner sur un des deux cotés de la mêlée. La situation
actuelle veut que je me perfectionne à gauche et si un jour
j’estime que j’ai assez travaillé ce poste de gaucher et que j’ai
engrangé assez d’expérience, pourquoi pas. Après, c’est
vraiment deux postes différents. A droite, il faut être capable de
supporter la pression du gaucher et du talon alors qu’à gauche
tu n’as que la poussée du droitier à supporter. Il est donc aussi
plus facile de se proposer dans le jeu courant pour
un gaucher qu’un droitier car on est moins épuisé par la
mêlée.
Tu n’as pas été pris dans le groupe pour affronter
Bayonne. Comment as-tu vécu cette rencontre, qui était une belle
bataille d’avants ?
Ce fut une frustration car comme je l’ai dit précédemment,
j’ai eu un vrai sentiment d’impuissance devant ma télé. Les copains
se sont quand même bien battus et méritaient mieux. Raphaël
nous parle souvent du « savoir gagner » et
malheureusement c’est souvent sur des petits détails que l’on perd
ces matches. C’est notre axe de progression à l’avenir.
Cette saison l’UBB a un mal récurrent à s’imposer à
l’extérieur. Pour toi quelles en sont les raisons ?
Dans notre championnat, il est assez difficile de s’imposer à
l’extérieur. Chaque équipe est vraiment portée par son public et a
la capacité à se resserrer et se transcender.
Cette semaine, le président Marti a annoncé la venue
pour la saison prochaine d’Adam Ashley-Cooper. Que penses-tu de
cette arrivée ?
C’est génial pour le club, cela illustre le chemin parcouru
depuis la remontée du club, il y a quatre ans. Il est
évident que ça va permettre au club de franchir un cap et c’est de
bon augure. Maintenant, il est important d’aller chercher une
qualification en coupe d’Europe pour continuer à attirer
ce type de joueurs et franchir réellement un cap.
A priori il semblerait qu’il y ait des contacts entre
l’UBB et Sekope Kepu pour renforcer la première ligne pour la
saison prochaine. Même s’il joue à droite, que penses-tu de
l’arrivée d’un tel joueur ?
Je serais très heureux de le voir signer à l’UBB, ce serait une
réelle chance de jouer avec l’un des meilleurs droitiers du monde,
mais aussi de m’entraîner au quotidien avec lui.
Nous tenons à remercier chaleureusement Jeff pour le temps qu’il nous a accordés, et nous sommes certains qu’il va bientôt rebondir, et pourquoi pas dès dimanche face à son ancien club. Bonne semaine, et de bonnes fêtes !