Molcard : “La plus belle saison que j’ai faite, dans un vrai groupe”

S’il ne l’avouera jamais, Raphaël Molcard est l’un des leaders et l’un des artisans de la très bonne saison des Espoirs de l’Union Bordeaux-Bègles. A un poste important en touche, il fut aussi le capitaine de cette équipe version 2014-2015. La tête bien pleine et bien faite, le troisième ligne va cet été partir en Argentine pour continuer ses études, priorité absolue chez lui. Pour autant, le rugby continuera de faire partie intégrante de sa vie puisqu’il continuera en première division, à un niveau qui sera supérieur au niveau Espoirs–Reichel, lui permettant ainsi de revenir assurément plus fort en France dans un an. Retour sur sa saison et celle de son équipe, avec un dernier questionnaire que nous vous conseillons vivement. Interview.

 

 

Cette saison, alors que vous étiez promus, vous êtes allés jusqu’en barrage du championnat espoir, en vous inclinant contre Toulouse le 17 mai (26-16). Quel bilan tires-tu de cette saison ?

C’est probablement la plus belle saison que j’ai faite. Vraiment, on fait un super parcours avec des hauts et des bas mais surtout en mettant en place un jeu de volume et d’espace que peu d’équipes ont su pratiquer. C’est le point que je veux retenir : on a joué jusqu’à n’en plus pouvoir et inscrit des essais magnifiques. Au départ, on a vu arriver une armada de joueurs étrangers et c’est vrai qu’on s’est un peu demandé comment ça allait se passer mais finalement on en a sorti un vrai groupe.

 

Vous vous inclinez contre un Toulouse bénéficiant de joueurs évoluant régulièrement avec les pros comme Camara ou Tolofua, alors que de votre côté l’effectif est pas mal diminué par les blessures (qui ne vous ont pas épargnés cette saison). Que gardes-tu de ce match ? Penses-tu qu’avec un effectif plus complet le résultat aurait pu être autre ?

Sur un match comme ça, on oublie tous les doutes, toutes les incertitudes, toutes les peurs. Qu’il y ait Camara, Tolofua ou un autre pro, on s’en soucie avant, mais pendant c’est juste des joueurs à battre. Bien sur que ce sont des grands joueurs mais on a, de notre côté, des arguments certains. Je pense que Marco nous a manqué dans le jeu c’est sûr mais surtout dans la sérénité qu’il apporte habituellement. Je suis sûr qu’il aurait adoré jouer avec nous mais une « chance » comme ça, ça ne se refuse pas. C’est vrai aussi que les blessures ne nous ont pas fait du bien, un Natoli ou un Lainault sur des matchs comme celui-ci, ça pèse lourd. Ceci dit il ne nous a pas manqué grand chose… Le match est équilibré, mis à part dans le secteur de la mêlée où on a vraiment été bousculé, ce qui est étonnant au vu de la saison. Il nous manque un rien et c’est rageant quand on voit où en est Toulouse (ils sont allés jusqu’à la finale contre le Racing Métro, mais se sont inclinés 31-21, ndlr).

 

Certains observateurs de votre match de barrage contre Toulouse ont été surpris du peu de coaching fait par le staff. As-tu un avis sur la question ?

Bien sûr qu’on peut se poser des questions mais c’est vraiment compliqué de faire des changements dans un match aussi serré. Je pense qu’un peu de sang neuf chez les trois quarts dans les vingt dernières minutes aurait pu apporter quelque chose et peut-être même aussi devant mais comme je l’ai déjà dit, le staff est souverain et on doit respecter leurs choix.

 

 

Jandre Marais et Raphaël Molcard

 

 

Avant le match contre Toulouse, lors d’un entraînement vous avez effectué une opposition en touche contre les pros. Mesuré à Tauleigne, Chalmers et Madaule, tu t’es montré à ton avantage. Que tirez-vous de telles confrontations avec les pros ?

A mon avantage ? On s’est surtout fait balader comme des chiots… Ce qui impressionne les plus chez eux c’est leur capacité de concentration et leur sérénité dans l’exécution… Après tout va plus vite, plus fort et plus haut… Même les rares fois où on arrivait à être sur zone en même temps, on était battu en duel… J’aurais aimé faire plus d’oppositions contre eux, certains sont des puits de sciences dans ce domaine. Je pense particulièrement à Chalmers qui, en plus, n’est pas radin et nous en fait profiter dès qu’il peut. Je pense que si on avait fait plus d’entraînements de ce genre, on aurait vraiment pu atteindre un niveau intéressant.

 

A part contre Toulon (défaite 6-12) vous êtes restés invaincus à domicile. Penses-tu que le fait de jouer tout le temps à Moga et devant un public plus nombreux peut être une raison de cette quasi-invincibilité ?

C’est assurément une des raisons, si ce n’est LA raison. Quand on va jouer à l’extérieur et qu’on voit que les autres équipes espoirs n’ont, au grand maximum que 200 supporters, quand il fait beau, on se dit qu’on a vraiment de la chance. Chaque match à domicile les supporters étaient très nombreux et c’était vraiment un plaisir de jouer devant eux. Un grand merci à eux. Je crois même avoir lu dans le Midol un article, dédié à ce phénomène, qui s’étonnait de voir une affluence plus importante que celles de Fédérale 1.

 

Cette saison tu étais capitaine des espoirs. Comment as-tu vécu cette expérience et qu’en as-tu tiré ? Quelles sont pour toi les qualités d’un bon capitaine ?

C’était un plaisir et un honneur d’être capitaine de ce groupe d’autant plus qu’il n’y a vraiment que des mecs de qualité. David Ortiz (le manager, ndlr) m’avait demandé il y a deux ans, à mon arrivée, si je voulais bien l’être mais je ne me sentais vraiment pas d’assumer ça, étant le plus jeune et venant d’arriver, mais cette saison je me sentais bien dans ce rôle, bien que selon moi Marco aurait fait un capitaine bien meilleur ! D’ailleurs il assurait le rôle de leader à la perfection. Un bon capitaine ? J’imagine qu’il doit être courageux et montrer l’exemple. Il doit savoir trouver les mots – ou autre chose… parfois un bon coup de tête… – qui touchent ses coéquipiers et leur permettent de donner le meilleur d’eux-mêmes.

 

En tant que capitaine, tu as surement un avis sur tes coéquipiers. Mis à part Marco Tauleigne qui se révèle vraiment en cette fin de saison (5 matchs, 2 titularisations consécutives et 2 essais inscrits avec les pros), qui vois-tu percer au plus haut niveau ?

Des avis, j’en ai plein ! J’ai déjà parlé de Marco et à part dire que les entraîneurs des pros ont perdu du temps en le laissant en Espoirs, je ne vois pas quoi dire de plus. Il existe réellement, dans ce groupe, plein d’autres joueurs de talents qui évolueront à haut niveau. Bien sur des mecs comme Paulin Riva ou les Lucas (Méret et Blanc) iront, je l’espère, loin mais il y a aussi Ronan (Chambord, ndlr), Titi (Thierry, ndlr) Paiva… Il y a aussi des joueurs qui n’en ont pas encore pris conscience mais qui sont bourrés de talent et là je pense à Erwann Nicolas, Coco (Corentin, ndlr) Perrier. Bref des joueurs dits « lambdas » qui, s’ils bossent et qu’on leur donne une chance, pourront faire un bon truc. On avait vraiment un groupe de qualité cette année.

 

 

Marco Tauleigne et  Raphaël MOLCARD

 

 

Malheureusement, la saison prochaine tu ne seras plus un joueur de l’UBB puisque tu nous quittes pour aller faire une année d’études (de droit) en Argentine. Peux-tu nous en dire plus sur les raisons de ce choix de privilégier tes études ? Qu’est ce qui t’a motivé dans cette décision ?

Oui c’est vrai, l’an prochain je pars, si tout se passe bien, en Argentine pour faire ma troisième année de droit. Je ne vais pas pour autant arrêter le rugby. En effet, je vais jouer en D1 là-bas dans le Nacional de Clubes et il paraît que ça tape vraiment dur, dans le style de la Pro D2 mais avec beaucoup plus de mouvement ; donc ça devrait être sympa. Les études, ça a toujours été pour moi une priorité et je pense que je me sentirais mal si jamais je ne faisais que du rugby. Je pense m’orienter ensuite vers du droit international donc c’est une bonne corde à mon arc que je m’apprête à tendre. De plus, partir en Argentine pour un an c’est un rêve et il est en passe de se réaliser donc c’est le bonheur.

 

Existe-t-il une possibilité de te revoir à l’UBB à ton retour en France ?

Je crois que j’ai encore la possibilité à mon retour de signer un an de contrat Espoir. Maintenant est-ce que le club me le proposera ? Je n’en sais rien. Il faut d’abord que je prenne le poids qu’il me manque, ce qui n’est vraiment pas gagné et puis si je tourne bien en Argentine, qui sait ? Ce serait vraiment énorme parce que j’adore Bordeaux et j’y reviendrai sûrement pour la fin de mes études.

 

Parmi tes coéquipiers, qui vois-tu te remplacer pour la saison prochaine au poste de capitaine ? Ton avis sur la question va-t-il être sollicité par le staff des espoirs ?

Pour moi le plus légitime c’est Marco mais cela m’étonnerait fort de le revoir en espoir… Donc en tenant compte de cela, je pense que Ronan Chambord y arriverait sans soucis et ferait même un grand capitaine ! Mon avis ? Non, mais je pense qu’on a la même idée sur la question.

 

En cette fin de saison, trois joueurs de l’UBB (Lucas Blanc, Lucas Méret et Alexandre Pilati) ont été sélectionnés pour disputer le Mondial U20 en Italie. On peut même penser qu’un 4ème (Thierry Paiva) n’est pas passé loin de la sélection. C’est le club le plus représenté avec le Stade Toulousain et Montpellier. Trouves-tu que c’est une bonne récompense pour la formation bordelaise ?

Oui, c’est vraiment génial pour eux ! Grosse déception pour Titi et on peut même se poser des questions sur la qualité de la sélection, si un joueur de sa trempe n’est pas retenu. De tous les piliers gauches que j’ai croisé cette année, il n’y en a pas un seul qui a la mobilité et la puissance de Thierry et si on avait des doutes au départ sur sa tenue en mêlée, il nous a très vite rassurés grâce à un travail avec Jean-Baptiste Poux. La formation béglaise a toujours été performante mais c’est vrai qu’elle va prendre une place plus importante dans le futur grâce à l’essor de l’équipe première et la place donnée aux jeunes qui n’est, à mon goût, pas encore assez importante bien que supérieure aux autres clubs de l’élite.

 

 

Raphaël MOLCARD

 

 

Alors que de nombreuses recrues étaient arrivées la saison dernière pour tenter de rendre l’effectif compétitif avec la montée, cette saison il devrait y avoir peu de départs (toi, Tui Katoa et Zaza Navrozashvili) et peu d’arrivées (à priori 3 jeunes français : Gauthier Doubrère, Cyril Cazeaux et Alban Requet). Penses-tu que cette stabilité peut être bénéfique et permettre de faire encore mieux la saison prochaine que cette année ?

Les arrivées en masse de joueurs, ça a provoqué une belle émulation. Maintenant c’est vrai que le plan de jeu sera mieux compris et mieux appliqué, donc forcément un jeu plus fluide et plus serein.

 

Y a-t-il un joueur de l’équipe première dont tu t’inspires au niveau du jeu ?

Idéalement, j’aimerais faire un mix entre l’expertise de Hugh Chalmers en touche et son déplacement sur le terrain et la rudesse de Louis-Benoît Madaule. C’est deux troisièmes lignes totalement opposés, qui se complètent. J’aime bien échanger avec Hugh quand je peux, il a vraiment une philosophie qui colle à la mienne, peu importe le gabarit ou la force d’un joueur, on peut toujours tirer son épingle du jeu. Après, évidemment, mon frère Tanguy (3ème ligne à Biarritz en Pro D2, ndlr) fait partie de mes sources d’inspiration et on débriefe souvent sur nos matchs ensemble. Il a le même profil que Madaule, cette capacité à faire mal aux adversaires que j’aimerais acquérir.

 

Après avoir été capitaine de l’équipe de France U19, tu as joué certains matchs avec l’équipe de France Universitaire. Quel est le réel niveau de cette équipe ? Qu’en as-tu tiré ?

La période Pôle France et France U19 était vraiment enrichissante. Je me suis beaucoup entrainé, j’ai fait des beaux voyages… le rêve quoi !

C’est vrai que sur le papier France Universitaire, ça ne fait pas rêver et pourtant le niveau est bien plus élevé que celui du championnat espoir ! Quand t’as des mecs comme Charles Brousse ou Paul Jedrazsiac (2ème ligne de Clermont, ndlr) dans l’équipe, tu ne doutes pas du niveau des matchs internationaux. France U c’est du bonus et du plaisir, beaucoup moins stressant que les autres équipes de France. La philosophie de jeu c’est envoyer du ballon, faites vous plaisir et ça c’est un kiff !

 

 

Raphaël MOLCARD

 

 

Pour finir un petit questionnaire. “Peux-tu nous dire dans l’effectif espoir de l’UBB…”

 

Qui est le plus classe ? Jean-Blaise Lespinasse est souvent bien sapé et beau gosse…

Qui est le plus fashion ? Sans aucune hésitation, c’est Fabian Natoli… Pour l’anecdote ce mec a un python dans sa chambre.

Qui a la coupe de cheveux la plus dégueulasse ? Là on a des mecs comme Tui Katoa qui s’est teint la barbe en orange ou Jona (Saulekaleka, le cousin de Talebula, ndlr) qui sont sympas à ce niveau.

Qui se croit drôle mais ne l’est pas ? JOKER, chacun a connu ses moments de solitudes…

Qui a des tocs ? Gauthier Minguillon… On lui a pourtant dit que la colle, c’était pas bon pour lui.

Qui est le papa poule ? Marco… J’aimerais bien avoir ce rôle mais apparemment je ne peux pas… #gueuledeminot…

Qui est le plus râleur ? On a trois champions là ! Xerom Civil, Vincent Bouet et Thomas Lainault… mais je pense que Vincent a gagné le droit d’être reconnu comme le plus chiant.

Qui est le plus coquet ? Jean-Blaise aime bien être mignon.

Qui est le plus bourrin ? Vous avez déjà entendu Ronan Chambord crier avant une mêlée ?

Qui a le plus de succès auprès des filles ? Il vous dirait que c’est moi mais tout le monde sait que c’est Corentin Perrier.

Qui a de meilleurs pieds que ses mains ? Gauthier Minguillon a un excellent jeu au pied et a… un peu plus de mal à attraper la balle… du moins en début de saison.

Qui est le plus chambreur ? On a un équipe de cisaille. Ça chambre de tous les côtés mais s’il fallait remettre une cisaille d’or, la palme reviendrait à Thomas Lainault qui ne laisse aucun répit… à personne.

 

BONUS : Si vous avez un verre en trop en boîte et que vous avez besoin d’un Iphone, Erwann Nicolas sera ravi de faire l’échange à partir de 1 h du matin, LA PLAGE QUAI DE PALUDATE.

 

Nous tenons à remercier Raphaël pour le temps qu’il nous a consacré et nous lui souhaitons bonne chance pour sa nouvelle expérience en Argentine 😉