[Interview] Alexandre Roumat : “Si je devais écouter toutes les personnes autour de moi, je jouerais encore à Hossegor…”

Alexandre Roumat fait partie de la génération de jeunes internationaux sur qui l’Union Bordeaux-Bègles a décidé de miser. Le nouveau troisième ligne de l’UBB a envie de prouver que le club a eu raison de compter sur lui. Car malgré son jeune âge, Alexandre a décidé de faire le tri dans les ‘conseils’ des uns et des autres, pour suivre son instinct et ainsi se constituer son propre destin, son propre nom. Ayant déjà évolué en Pro D2, international français dans les catégories de jeunes, nul doute que même si son contrat a la mention “Espoir”, et même s’il y a du monde à son poste, il aura l’occasion de prouver sa valeur afin de gravir un nouvel échelon. De la pelote au rugby, en passant par sa relation avec son nom de famille, il aborde tous les sujets. Interview.

 

 

Jeune, tu as joué à la pelote avant de choisir le rugby ? Est-ce que le passage par ce sport, t’apporte quelque chose aujourd’hui dans ta pratique du rugby ?

En effet, dès mon plus jeune âge j’ai pratiqué la Cesta Punta, une discipline de la Pelote Basque, de 6 à 15 ans, car mon papa ne voulait pas me faire démarrer trop tôt le rugby. J’ai donc ensuite à 11 ans commencé le rugby en parallèle à Hossegor car mes copains de l’école y jouaient dans la cour et cela m’a donné envie d’en faire. Je pense que la Cesta Punta a été bénéfique pour moi car elle permet de travailler l’adresse ainsi que les lectures de trajectoires, de par la vitesse de la pelote.

 

Justement à ce sujet-là, le nom ‘Roumat’, n’est-il pas trop dur à porter ? Penses-tu avoir réussi à te faire un prénom ? Bien que vous ne jouiez pas au même poste avec ton père, vous arrive-t-il de débriefer tes matchs ensemble ?

Franchement non, c’est plus une fierté qu’autre chose. Pour ma part, je n’y pense pas trop quand je joue. J’essaye juste de prendre du plaisir et de ne pas me comparer à lui comme certaines personnes peuvent le faire. Je ne pense pas avoir la prétention de dire que je me suis fais un prénom, en tout cas j’essaye de progresser pour devenir un joueur à part entière.

Si vous lui dites cela il va se vexer (rires) ! Il a eu joué en troisième ligne en début de carrière. Cependant oui, c’est sans doute avec lui que j’échange le plus sur mes matches, mes entraînements, ou tout un tas de choses sur le rugby.

 

En août, 2015, à 18 ans et 2 mois, tu jouais ton premier match de Pro D2 contre Montauban. Comment l’as-tu vécu ? Vois-tu le fait d’avoir été lancé directement en Pro D2 comme un avantage ou un inconvénient ?

Lors de l’annonce de l’équipe, j’ai été vraiment surpris. Je savais qu’il y avait des blessés et des internationaux absents mais de là à me dire que j’allais être sur le banc d’un match pro, alors que je n’avais fais aucune minute en Espoirs, jamais je n’aurais pu le croire. Mais c’était excitant d’un côté et cela s’est plutôt bien déroulé malgré la défaite. Je ne sais pas si c’est un avantage ou un inconvénient, franchement. Après j’ai passé toute la préparation avec les pros, je me sentais prêt à faire des bouts de matches, mais bon à tout moment j’aurais pu me faire broyer avec mes épaules de serpent (sourire).

 

Cette saison, le Biarritz Olympique s’est incliné en demi-finale contre Agen. N’es-tu pas triste que l’aventure se soit arrêtée en cours de route et de ne pas avoir laissé le club en Top 14 avant de partir ? Avec ta signature à l’UBB, espères-tu franchir le palier supérieur ?

Si bien sûr, mon plus grand rêve aurait été de finir sur une montée en Top 14 avec mon club de cœur, mais d’un autre côté nous avons fait un tel parcours en deuxième partie de saison que d’arracher une demi-finale était déjà magnifique. Et puis nous sommes tombés sur une équipe d’Agen, bien meilleure que nous sur ce match…

Après deux saisons passées à Biarritz, il me semble être le bon moment pour partir et voir ce qu’il se fait de mieux dans notre championnat au quotidien. J’espère progresser encore plus à Bordeaux pour évidemment essayer de franchir ce ‘palier de plus’ comme vous dites.

 

Photo Sud Ouest

 

A quand remontent les premiers contacts avec l’UBB et comment se sont-ils déroulés ? Certaines personnes, comme Thomas Lièvremont, manager de l’équipe de France U20, ont critiqué ta décision. Comment réagis-tu à ces propos ?

Je ne sais plus exactement de quand les contacts datent. Le club m’a contacté, nous nous sommes rencontrés une ou deux fois. Ensuite quelques mois plus tard, j’ai pris ma décision malgré mon fort attachement au Biarritz Olympique.

Je pense que si je devais écouter l’ensemble des personnes autour de moi, je jouerais encore à Hossegor ou alors je ne pratiquerais même pas le rugby. Thomas a le droit de penser ce qu’il veut et je peux comprendre ses paroles. Durant la saison, j’essayerai donc de lui prouver le contraire.

 

Au BO, tu as fréquenté tous les postes de la 3ème ligne. As-tu un poste de prédilection ou t’estimes-tu parfaitement polyvalent ?

Je n’ai pas de poste de prédilection, même si de plus en plus j’évolue au poste de troisième ligne aile.

 

Tu connais pas mal de jeunes espoirs de l’UBB. Penses-tu que cela va faciliter ton intégration ? La concurrence risque d’être forte cette saison. Penses-tu pouvoir tirer ton épingle du jeu et réussir à avoir un peu de temps de jeu ?

Oui, je pense que cela peut permettre d’avoir une plus rapide intégration. J’espère, en effet, essayer d’accrocher quelques bouts de matches malgré cette forte concurrence et essayer de donner le maximum à chaque entrainement pour essayer de me faire ma place dans le groupe dans un premier temps.

 

Connais-tu déjà certains 3ème ligne de l’UBB et que penses-tu pouvoir apprendre d’eux ?

Oui je les connais tous, et franchement je pense pouvoir apprendre d’eux un tas de choses. Chacun a un style plus ou moins différent avec des qualités différentes, donc je pense pouvoir apprendre dans beaucoup de domaines.

 

 

Sur les spécifiques de ton poste de 3ème ligne, quels sont tes points forts et ceux que tu dois encore travailler ?

Je n’aime pas répondre à cette question généralement. Mais je dirais l’adresse comme point fort et le grattage comme point faible.

 

Lors de ta première Coupe du Monde U20 en 2016, vous aviez terminé 9ème. Quels souvenirs gardes-tu de cette compétition ? Était-ce une déception ?

Je garde un mauvais souvenir de cette première Coupe du Monde car nous n’avons pas joué à notre vrai niveau pendant la compétition, ce qui nous a coûtés cette malheureuse place. Mais c’est vrai qu’elle nous a aussi fait ouvrir les yeux sur le réel niveau des équipes que l’on rencontre en U20.

 

Lors du Tournoi des 6 Nations cette saison, avec l’équipe de France U20 vous terminez 2ème avec 3 victoires mais 2 défaites contre l’Angleterre et l’Irlande. Si les premiers semblaient intouchables, la courte défaite chez les seconds n’est-elle pas une petite déception ?

Les deux défaites ont été une déception car la première nous en prenons 60, alors qu’on pensait être bien préparés et la seconde car, à cause de notre indiscipline, nous ne parvenons pas à revenir dans le match pour passer devant. Ce fut un tournoi mitigé.

 

 

Cet été, tu viens tout juste de terminer la Coupe du Monde U20 à la 4ème place. Malgré une poule difficile, on note une progression par rapport à 2016. Toi qui a connu les deux, comment l’as-tu vécu ? La défaite lors du match pour la 3ème place est-elle une déception ? L’équipe était-elle vraiment trop diminuée (blessures, suspension) ?

Je l’ai bien vécu, cela a été une superbe expérience car nous avons eu un super groupe cette année , ce qui je pense nous a permis d’arriver jusqu’en demie. Bien sûr déçu car on avait vraiment à cœur de finir sur le podium malgré les absents et les suspendus. Outre le fait des absents, je pense que le match contre les Blacks a laissé des traces au sein du groupe, à la fois mentalement et physiquement. Cela reste tout de même un superbe souvenir pour tout le monde.

 

Tu as aussi pratiqué le rugby à 7, puisqu’en 2014 tu as été sacré avec l’équipe de France aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en Chine. Quel souvenir gardes-tu de cette expérience ? Qu’apporte le rugby à 7 pour la pratique à 15 ?

La plus beau souvenir de toute ma vie. Le village olympique, les stades, les athlètes.. Tout est identique aux grands et se dire qu’on a eu la chance de voir ça, c’est incroyable. Je pense que le rugby à 7 apporte beaucoup pour le rugby à 15, que ce soit techniquement ou physiquement pour le cardio. De plus, à 7 il y a beaucoup plus d’espaces, cela permet de lire les différents intervalles et de jouer des duels comme on peut le retrouver à 15.

 

Pour finir, quel est ton modèle à ton poste, le joueur dont tu t’inspires pour progresser ?

Mon modèle est Kieran Read.

 

Un très grand merci à Alexandre pour le temps qu’il nous a accordé, lui qui est en vacances après plusieurs matches internationaux et qui doit préparer son déménagement. Bonne fin de vacances, et à très bientôt à Moga.