Clarkin : “Le capitanat est l’une de mes plus grandes sources de fierté”

On a fait le bilan, calmement, se remémorant chaque instant de cette saison 2014-2015 avec notre capitaine légendaire, Matthew Clarkin. “Légendaire”, oui, n’ayons pas peur des mots car depuis la remontée en Top 14, où il fut d’ailleurs l’un des principaux artificiers et acteurs, l’on associe forcément l’Union Bordeaux-Bègles à Matthew Clarkin. Charismatique, avec son accent anglais unique lorsqu’il parle français, le troisième ligne a, cette saison, tenu à responsabiliser d’autres joueurs de l’effectif en partageant le capitanat avec Louis-Benoit Madaule. Ce n’est pas pour autant qu’il renie son rôle au sein du groupe, restant un joueur incontesté et incontestable, que ce soit au niveau de l’état d’esprit comme du terrain. S’il est trop modeste pour dire qu’il a les qualités d’un leader, il imagine mal qu’il ne co-détienne plus le statut avec Louis-Benoit l’année prochaine, y étant attaché. Mais rassurez-vous, ce fut une décision collégiale que de le partager et il estime que son successeur a bien tenu la barre. Lui qui fêtera son anniversaire dans un mois et ses 34 ans sait qu’il ne pourra pas jouer au rugby toute sa vie et pense forcément à l’après UBB… Qui sera probablement à Bordeaux ! Preuve de son attachement, de son amour pour un club, une ville, une région. Interview.

 

Tu as joué contre Gloucester. Cela veut-il dire que ta blessure au poignet est de l’histoire ancienne ?

Mon poignet n’est pas encore rétabli à 100% mais c’était impossible que je manque ce dernier match et c’était super d’être de retour sur le terrain avec les gars. Ce fut la plus longue blessure de ma carrière et elle est arrivée à un point crucial dans notre saison, ce qui était difficile pour moi. Je ne suis pas un bon spectateur… Nous avons maintenant un mois de vacances et je vais avoir du temps pour poursuivre ma rééducation.

 

Maintenant que la saison est terminée et que vous vous êtes qualifiés pour la Champions Cup mais avez raté la qualification pour le Top 6, quel est ton bilan de la saison ?

Bien sûr, mes sentiments sur cette saison sont un peu mélangés. En l’espace d’une semaine, nous avons souffert de la déception de rater le Top 6, puis l’excitation de gagner une place dans la Champions Cup la saison prochaine ! En tout cas, je crois que le club a fait un grand pas en avant et avec cette qualification pour la Champions Cup nous avons écrit une autre page importante dans l’histoire du club.

 

Tu l’as déjà jouée avec Montauban d’ailleurs. Qu’est ce que cela signifie pour toi de jouer la Champions Cup avec l’UBB ?

C’est énorme pour le club comme ça l’était pour moi quand j’étais à Montauban. C’est la meilleure compétition que vous pouvez découvrir en tant que joueur de club et la chose la plus proche que vous pouvez obtenir du niveau international. Je suis content que les gars puissent maintenant en faire l’expérience parce qu’ils le méritent. Il y a cinq ans, c’était un rêve, mais grâce à beaucoup de travail acharné de la part de beaucoup de personnes, c’est désormais une réalité.

 

Cette année l’UBB n’a pas réussi à gagner les deux matchs qu’elle a disputé à 15 contre 14. Quelle en est la raison selon toi ? C’est purement mental ?

Comme je l’ai déjà dit, nous avons fait d’énormes progrès cette année, mais nous pouvons encore en faire beaucoup dans de nombreux domaines. Je ne pense pas que c’est totalement un problème de mental et je pense qu’il est également intéressant de noter que les deux matchs étaient contre des équipes très talentueuses. Chaque saison, nous apprenons de nos expériences, négatives et positives et j’espère que nous serons en mesure de mieux faire face à de telles situations à l’avenir.

 

Comment expliques-tu qu’il soit si dur de s’imposer à l’extérieur en Top 14 ?

Je pense qu’il y a de nombreux facteurs qui font qu’il est si difficile de gagner un match l’extérieur. Mais le facteur principal est que chaque équipe connaît l’importance de ces victoires à la maison, de sorte que chaque match à domicile est traité comme une finale et que lorsque vous êtes l’équipe visiteuse, vous devez jouer deux fois mieux que l’équipe qui joue à domicile ce jour-là, juste pour avoir une chance gagner.

 

 

Hugh Chalmer, Matthew Clarkin, Madaule et Poux

 

 

La décision de laisser le capitanat à Louis-Benoît Madaule vient de toi ou du staff ? Pourquoi cette décision, avais-tu l’impression que ton message ne passait plus ?

J’imagine que les gars en ont probablement eu marre d’entendre ma voix après toutes ces années… (rires). Depuis le début de cette saison, je travaille avec le staff afin d’encourager d’autres joueurs à prendre plus de responsabilités, de leadership au sein du groupe. Pendant de nombreuses années, je me sentais assez isolé dans mon rôle, même si j’ai eu la chance d’avoir des joueurs comme Heini Adams, Bruce Reihana ou Justin Purll à mes côtés. Il est très important que nous regardions vers l’avenir car je n’ai malheureusement plus 20 ans et il deviendra plus difficile pour moi d’enchaîner 25-30 matchs par saison. Louis est l’un des joueurs qui s’est révélé et s’est vraiment présenté comme un leader parmi l’équipe.

 

Comment juges-tu justement ces derniers mois sous le capitanat de Louis-Benoit ? Penses-tu qu’il restera le capitaine la saison prochaine ?

Je pense que Louis a fait d’énormes progrès en tant que leader en très peu de temps et ne fera que s’améliorer avec le temps. En ce qui concerne l’année prochaine, la décision ne m’appartient pas. Tout au long de ma carrière, être capitaine n’est pas quelque chose que j’ai activement recherché. Mais je dois vous dire que d’être le capitaine de ce club que j’aime tellement et travailler avec ce super groupe de gars a été l’une des plus grandes sources de fierté dans ma vie. Il serait donc très difficile de ne plus l’être.

 

Malgré les années qui passent tu sembles toujours aussi bon et présent dans l’impact, dans la tactique et dans le groupe. Penses-tu que cela va durer encore longtemps ?

Je pense que le plus grand secret est que malgré le fait que ça devienne de plus en plus difficile physiquement chaque année, j’adore toujours jouer, et j’essaie aussi de faire croire que j’ai toujours seulement 21 ans (rires).  Je voudrais bien continuer pendant de nombreuses années, mais je suis conscient aussi que je dois arrêter avant de faire trop de dégâts à mon corps. Lorsque ma carrière de rugby se termine, j’ai encore une vie à vivre ensuite…

 

 

Marco Tauleigne, Ole Avei, Matthew Clarkin

 

 

L’avenir, cela peut être le jeune Marco Tauleigne qui joue au même poste que toi et qui est la révélation de la fin de saison…

Marco est un joueur de rugby très talentueux et un bon gars, mais je l’ai su depuis la première fois  où il a commencé à s’entraîner avec l’équipe professionnelle. Il a livré deux performances énormes pour le club à un moment très important et maintenant, qu’il a réalisé ça, j’espère et je pense qu’il a toutes les qualités pour être un très grand joueur. Il n’y aura plus rien pour l’arrêter.

 

Tu es aussi toujours disponible pour aider les nouveaux arrivants Anglophones…

Ça fait juste partie de ma nature et c’est quelque chose que j’ai toujours fait. Comme je veux que tous les joueurs qui arrivent aient la même super expérience en France que j’ai eue, c’est mon rôle.

 

Depuis le mois de janvier tu as intégré Provale (le syndicat des joueurs de rugby, ndlr) en tant que secrétaire général adjoint pour défendre les droits des joueurs non-JIFF. Que signifie cet engagement pour toi ?

Je n’ai pas rejoint Provale juste pour me battre pour les joueurs non-JIFF, mais plus simplement pour lutter pour les droits de tous les joueurs. Ainsi que de veiller à ce que les futures générations de joueurs soient mieux éduquées, mieux soutenues et mieux protégées que les générations précédentes.

 

Maintenant que tu es en vacances quel est ton programme, restes-tu à Bordeaux ou retournes-tu en Nouvelle-Zélande ? Penses-tu rester en France après ta carrière ?

Je prévois de me détendre autant que possible… ! Nous ne retournerons pas en Nouvelle-Zélande cet été, mais nous irons au Royaume-Uni pendant une semaine pour voir mon frère et sa famille. C’est également un sportif professionnel (un joueur de polo, ndlr, voir photo ci-dessous) et il est au Royaume-Uni pour 6 mois de l’année. La Nouvelle-Zélande me manque, mais après douze ans ici en France, nous nous sommes très bien accoutumés à la vie française et je vais certainement essayer de rester ici à Bordeaux quand ma carrière de joueur sera terminée.

 

 

frère Clarkin Polo

 

 

Quel est ton opinion sur le recrutement pour la saison prochaine au niveau de la 3ème ligne avec Luke Braid et Loann Goujon ?

Je pense que le Président et le staff ont fait un excellent recrutement et ont amené un grand nombre de joueurs de qualité qui, je l’espère, aideront le club à progresser encore plus l’année prochaine. Personnellement, je pense que la concurrence pour tous les postes est bénéfique pour tout le monde, y compris pour moi.

 

 

Matthew Clarkin

 

 

L’année prochaine tous les matchs seront joués à Chaban Delmas. Tu as joué pour le CABBG quand tu es arrivé en France (2003-2004). Cela signifie quelque chose pour toi de ne plus jouer à Moga ?

La transition a été très facile car nous gardons Moga comme base d’entrainement. Nous avons maintenant le meilleur des deux mondes puisque que nous jouons nos matches dans notre Chaban bien-aimé, mais gardons notre lien avec l’histoire en continuant notre entraînement à Bègles.

 

Enfin, Bruce Reihana rejoint le staff pour les trois prochaines saisons. Toi qui as joué avec lui en tant que joueur, peux-tu nous en dire un mot ?

Oui j’ai joué avec ”Bruza” pendant trois ans et nous sommes encore très proches. Bruce a eu une carrière fantastique et il y a de nombreuses choses qu’il peut enseigner à tous les joueurs jeunes et vieux au club, notamment sur le professionnalisme et l’éthique de travail.

 

 

Un très grand merci à Matthew pour nous avoir accordé un peu de son temps de vacances. Rendez-vous la saison prochaine, où nous serons toujours présents pour vous soutenir.

Merci Captain’ !